Playlist Février 2012

Publié le 23rd février, 2012

1. Vendeurs d’enclume – Février

Un texte magnifique, qui reprend la forme poétique du rondel. Le CD est une pure merveille. Le texte est parfait, la musique qui l’accompagne est très juste et pour ne rien gacher la mise en scène est juste.

 

2. Soap&Skin – Vater

Y a du Bjork là dedans. C’est touchant, percutant. L’arrangement est très complexe, on joue dans un faux-rythme. C’est lent sans être ennuyeux. C’est planant sans voler trop haut. Et puis on oublierait presque qu’elle chante en allemand.

 

3. Les wriggles – langues de putes

Une mélancolie française

Publié le 21st février, 2012

Eric Zemmour a tendance à provoquer des réactions orgasmiques ou épidermiques. Une grande partie de ses soutiens comme de ses détracteurs ont forgés leurs avis à partir de quelques coups d’éclats médiatiques. Au delà de cela, Eric Zemmour est le porte drapeau de la nouvelle vague réactionnaire (auto-proclammée et souvent assez ancienne), une sorte de tête de proue du bon sens populaire face à l’élite bien pensante et ultra médiatisée.  Eric Zemmour dirait tout haut ce que les bonnes gens pensent tout bas. Mais le réduire à son rôle discutable de porte-voix, serait occulter son oeuvre, sa pensée. Si comme moi vous aviez adoré son essai le premier sexe, si vous avez plutôt tendance à penser qu’il a le mérite d’être l’un des rares chroniqueurs à proposer une pensée cohérente, cultivée et construite alors vous avez surement feuilleté ce livre en librairie. J’ai franchi le pas pour vous :

 


Mélancolie Française, Eric Zemmour, chez Fayard Denoël

La France, cette nation en déclin

La question que je n’ai pu m’empêcher de me poser durant toute la lecture de ce livre est la suivante : mais pour qui écrit Eric Zemmour ? Qui est donc son lectorat ? Non pas que je doute que la simple mention de son nom suffise à écouler largement n’importe lequel des torchons livres mais car son livre mêle les remarques de comptoirs avec les grandes réflexions. Mais reprenons plutôt le livre depuis le début : La Rome Antique. Zemmour propose une histoire de France en moins de 250 pages qui démarre donc à la Rome Antique, pas étonnant donc que le récit se fasse à marche forcée. La thèse qui va dérouler l’ensemble de l’ouvrage est la grandeur (perdue!) de la France et sa volonté (pour ne pas dire son destin) de domination de l’Europe. Pour Zemmour la France c’est l’Europe.  Mais n’a-t-on pas terminé le premier chapitre que l’on déchante, la France c’est l’Europe, oui, mais c’est le déclin. La France est une ancienne superpuissance frustrée de ne pas pouvoir accomplir sa domination (légitime ?) de l’Europe. Avec Zemmour la France de l’Empire, la France de 1811 est LA grande France. Alors oui, on a tendance a s’accorder à son avis qui excite notre fibre patriotique mais ne va-t-il pas trop vite ? Quand il explique que l’Angleterre est l’ennemie héréditaire, tout comme l’Allemagne ? Ces développements ont-il toujours cours aujourd’hui ? N’est-ce pas là une grille de lecture éculée ?

A qui la faute ? La recherche des coupables

L’analyse en ce sens de Christophe Barbier  touche juste quand il souligne que l’histoire n’est pas forcément là pour se répéter. La domination française d’hier n’est pas un passeport pour celle de demain. La faute à l’Europe ? Bien entendu.  La faute aussi au pacifisme (p113, Petain n’aurait jamais du épargner de vies et attendre les US).  La France c’est le radeau de la méduse, dixit donc l’Auteur. Avec en point d’orgue la perte de l’Algérie qui signe la sortie de la France du club des grands pays.

Au final un livre où l’on ne lit rien de spécialement neuf. L’histoire de France y est rebattue une ènième fois, en appuyant sur son déclin et sur ses prétendues erreurs. Une histoire de France tronquée sensée expliquée le pétrin actuel. Une histoire en forme de gigantesque diagnostic qui n’offre bien entendu aucune solution. On sauvera néanmoins les deux derniers chapitres sur la Belgique (sic!) et sur l’intégration. Là Zemmour navigue en terrain connu, il y est percutant, exhaustif et parfois clairvoyant.

La mélancolie française et l’ennui à la Zemmour

Un livre que je peine à conseiller à qui que ce soit et qui n’aurait certainement jamais été publié sans la renommée de son auteur. Il est trop pointu pour ceux qui ne connaissent pas déjà bien l’histoire de France (Traité d’Utrecht ou de Versailles balancés comme de vulgaires truismes). Il est trop superficiel pour les autres. L’avis de l’auteur n’est jamais vraiment assumé. Il se cache derrière une sorte de cache-sexe historique. Il en profite pour vomir ostensiblement sur l’Europe et sur les technocrates. Trop de pages ne sont qu’une vulgaire masturbation sur la France à Papa ou sur celle à Papi. Zemmour est bien meilleur observateur de la France d’aujourd’hui, il excelle dans la mise en perspective. Ce livre aurait dût se cantonner à un approfondissement des derniers chapitres sur la France actuelle appuyé d’explications historiques concernant la France d’hier.

 

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Moi, Mohamed, Esclave Moderne

Publié le 21st février, 2012

Ils seraient 200 000 ou 400 000 selon les statistiques, par nature, peu fiables dans ce domaine. On parle des sans-papiers ou des clandestins selon le vocable et l’éclairage politique que vous désirez donner à cette cause.  L’actualité nous en parle souvent, on voit alors des personnes fatiguées, venant d’Afrique et entourées de syndicalistes CGT, d’activistes de l’ultra gauche et de membres de différentes associations. En tout cas, l’actualité ne traite la plupart du temps des sans-papiers que sous le prisme de la statistique et du nombre, jamais de la vie humaine et unique. C’est précisément l’angle de ce livre, la vie d’un clandestin en France :


Mohamed Kemigue avec Djénane Kareh Tager, chez Plon

L’histoire est celle de Mohamed Kemigue, elle  commence lorsqu’il décide de venir en France. Pas pour fuir un conflit ou une trop grande misère. Non simplement pour participer au rêve français. Parce qu’il est convaincu que sa bonne gueule et son goût du travail lui permettront de se faire une place et d’avoir une vie aussi belle que celle contée par ceux qui reviennent au bled.  A l’origine était le rêve, l’illusion aussi et à bien y réfléchir une bonne dose d’inconscience.

 

Mohamed raconte au fil des pages son quotidien fait de squats insalubres,  de cafards, d’impayés et de trottoirs. Mohamed fait, dit-il, partie de ces invisibles qui dorment parfois sur les pavés de la ville, qui ont un jour tenté de rejoindre la Grande-Bretagne, qui ont connu les barreaux et les associations humanitaires. Tout cela Mohamed le raconte sans misérabilisme. Il porte avant tout un témoignage.

La tentation communautaire ?

Le refuge communautaire existe et il y a de longues pages sur ces foyers maliens qui regorgent de compétences et où vont se servir de peu scrupuleux patrons. Il y a la solidarité familiale aussi, Mohamed est hébergé par de la famille et profite de l’aide d’une lointaine cousine. Mais cela n’a qu’un temps et le livre montre le glissement vers une misère de plus en plus détestable et insupportable.  Il raconte également que ceux qui profitent de la misère n’ont pas forcément la peau blanche. Il a été utilisé par ceux qu’il pensait être des siens.

Son regard sur sa propre condition est éblouissant : travailleur forcené et contraint il ne ménage pas ses efforts. Il ne cherche pas à profiter des aides ni du soutien des associations. Il cherche son salut en lui-même et espère le secours d’un « dieu des sans-papiers ».  On est très loin de l’image du sans-papier « pickpocket » , hostile, inadaptable ou inculte. On est dans la réalité : où chaque histoire est différente, où le cas par cas devrait être la règle.

Une autre vision de la France

Sa vision de la France à lui est un peu désabusée mais son rêve n’est pas éteint. Il a fondé un foyer, il a deux enfants et nous explique comment il fait pour les loger, pour les nourrir et pour avoir sur eux des droits légaux. A ce jour il n’a toujours  pas de papiers.

Le livre n’est pas un livre de débat, c’est avant tout un témoignage. Un témoignage qui est absolument poignant de sincérité et de courage.  En creux on peut y lire tout une vision de la France faite de paradoxes, d’injustices mais aussi de belles histoires.  Avec en clin d’œil ses conseils pour calmer les problèmes des banlieues p.163 « le ticket bled », pour remettre à leur place ceux qui se plaignent de la situation en France. Et c’est bien là toute la force de Mohamed qui n’oublie pas d’où il vient, qui n’oublie pas son rêve  et qui dans sa pugnacité donne une belle preuve d’amour à la France.

 

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L’attente

Publié le 15th février, 2012

J’ai longtemps voulu écrire sur l’attente. J’en ai repoussé le passage à l’acte comme une ultime expérimentation de l’attente. Car l’immédiateté qui nous entoure, que ce soit dans les transports, les communications ou l’amour ne permet plus de tolérer l’attente. Alors quand on veut penser l’attente, autrement que sous le prisme de la torture (la fameuse « salle d’attente ») il faut appuyer un peu sur le frein.

 


Attendre et Patienter

L’attente se confond souvent avec la patience. Comme si l’on attendait comme l’on patiente. Or il y a une différence évidente entre les deux : on attend quelque chose ou quelqu’un alors que l’on patiente pour rien, contraint par la situation. Je peux attendre mon train, je peux attendre l’amour ou attendre la fin du monde, à chaque fois mon attente se définit elle-même par rapport à la délivrance. Tout au contraire quand je patiente c’est que l’on m’a intimé l’ordre de patienter, que je n’ai pour seul corniche devant le vide que ma patience justement. La patience se suffit à elle-même ? Tout du moins elle est subie par celui qui patiente et ne pourra pas être appréciée. L’attente peut très bien être voulue, organisée, orchestrée, elle est même souvent une partie intégrante de l’action comme l’attente de l’enfant fait déjà partie pour les jeunes parents de la naissance.

La fin de l’attente

On attend toujours la fin de l’attente. L’attente est une activité qui n’existe en cela que parce qu’elle est censée prendre fin un jour. Du moins l’espère-t-on car il y a dans l’attente une part d’inconnue. Quel que soit le temps d’attente estimé, probable, l’attente peut toujours se révéler plus longue ou plus courte et plonge celui qui attend dans une sorte d’abîme d’incertitude. On attend la délivrance, la sortie de l’incertitude. Incertitude anxiogène car l’attente qui précède l’action est un terrain fertile pour l’imagination. C’est quand on attend qu’on imagine, qu’on espère ou qu’on y croit déjà plus. Car l’attente fait déjà partie de l’action, on peut avoir perdu la bataille avant même de l’avoir commencée au moment où l’on attend que celle-ci débute.

Attendre c’est perdre son temps. Un poncif du XXIème siècle et aller contre lui fait tout aussi office de lieu commun. Pourtant combien ont intégré cela ? Comment pourrions-nous redécouvrir l’attente ? Celui qui donne aux choses plus de valeur, qui a su faire naitre le désir, l’envie, celui qui donne de la valeur. Le temps que je suis prêt à patienter pour quelque chose est lié à l’intérêt que je lui porte. Car attendre c’est donner de la valeur, aux gens, aux choses mais aussi à sa propre démarche. Ainsi Vladimir et Estragon attendent Godot, ils attendent une révélation, ils attendent tant et si bien que la révélation et l’attente se confondent. Estragon du pauvre, Brice De Nice attend sa vague, indéfiniment, quant à la princesse des contes de fées, elle attend son prince charmant. On voit ici le lien qu’il y a entre l’attente et l’action, entre l’attente et l’espoir. On voit aussi se dessiner une chose intéressante : l’attente en elle-même.

N’attendre rien

Attendre, simplement attendre. C’est un acte de contemplation mais également une insulte à sa propre utilité. En être réduit à l’attente pure et simple, c’est-à-dire attendre que l’attente se termine sans autre raison. S’attarder alors sur ce que l’on ne voit pas, les choses, les gens, que la vitesse de la vie nous empêche de regarder. L’attente est contemplative, elle est émerveillement de ce qui nous entoure. Pourtant l’attente se projette toujours au-delà d’elle-même et il faut nourrir la flamme intérieure, car dans l’attente j’attends d’avoir fini d’attendre. Et la fin de l’attente a aussi cette vertu qu’elle permet de se retourner sur l’attente. Quand dans une salle d’attente vient notre tour, nous avons tous ce réflexe d’observer avec distance l’attente qui vient de s’écouler. Mais à l’attente qui se termine, va se substituer une nouvelle attente…

La fuite

Et ainsi vont les choses car l’attente ne se termine jamais. Il faut la prendre avec plaisir et profiter de cette possibilité de donner du sens à son action. Car l’attente a ses codes, ses lieux (quais de gare, files…), ses musiques, ses humeurs (rêveuses ou agacées), ses gestes (du pouce ou du menton) et surtout l’attente à ses antidotes ? Des livres, des jeux ? L’attente n’a que des fuites devant le gouffre qu’elle nous propose. 

 

Pour aller plus loin

  • N°74 retrouvez les clés du sens
  • N°56 Philosophie Managzine
  • En attendant Godot, Samuel Beckett

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